Collection Noureev

Espace permanent

Musée unique au monde et lieu de conservation majeur dans le domaine des arts du spectacle, le Centre national du costume de scène est maintenant ouvert toute l'année grâce à son espace d’exposition permanente consacré à Rudolf Noureev, l’un des plus grands danseurs du XXe siècle. La Collection de cette Étoile de la danse russe qui choisit la liberté à Paris, présente des aspects de la vie personnelle et artistique de cet artiste à la carrière internationale exceptionnelle.

Dans une scénographie théâtralisée, conçue par Ezio Frigerio assisté de Giuliano Spinelli, une centaine de pièces – mobilier, instruments de musique, textiles, tableaux, gravures, sculptures, costumes de ville et de scène, photographies et films – évoqueront à la fois la vie artistique de Rudolf Noureev et son esthétique personnelle :

  • des éléments de sa biographie, son enfance en URSS, son passage à l’ouest, sa vie publique ;
  • sa carrière exceptionnelle, comme danseur: son parcours professionnel depuis sa jeunesse et sa formation à l’École de danse du Kirov à Leningrad, jusqu’à sa trajectoire de danseur étoile, en France et en Angleterre, puis rapidement de star, acclamé sur les scènes du monde entier;
  • son travail de chorégraphe, notamment sa réinterprétation de grands ballets classiques du XIXe siècle, pour certains inconnus en Occident. En tout plus de 14 chorégraphies évoluant dans des décors et des costumes opulents, dessinés par des grands artistes de la mode et de la scène (Georgiadis, Frigerio, Kamer, Hanae Mori…);
  • des éléments de sa biographie, son enfance, son passage à l’ouest, sa vie publique ;
  • son cadre de vie, son goût pour les décors et les intérieurs opulents, sa manière personnelle de collectionner (objets, mobilier et textiles), sa passion pour la musique…

Parcours d’un danseur d’exception

Un premier espace présente la carrière internationale exceptionnelle du danseur comme du chorégraphe au travers de deux vitrines consacrées aux costumes de ballet de Noureev et de ses partenaires. Pour des raisons de conservation, les costumes de la Collection seront exposés par roulement, changeant tous les six mois.

La première vitrine dévoile quelques-uns des costumes de scène les plus significatifs de la carrière de Noureev comme, par exemple, le pourpoint pour le rôle du Prince dans le pas de deux de Casse-Noisette (1962) qui est l’un des premiers costumes portés par Noureev après sa défection, celui dessiné par Ezio Frigerio pour le rôle de Roméo dans Roméo et Juliette (1977, London Festival Ballet) d’inspiration italienne, ou encore celui pour le rôle de Jean de Brienne pour l’acte III de Raymonda (1983, Opéra de Paris) conçu par Nicholas Georgiadis, autant de traces matérielles de ses performances scéniques… Cette vitrine met en évidence le parcours remarquable du danseur et souligne son apport essentiel au ballet classique, aussi bien d’un point de vue vestimentaire que chorégraphique. En effet, dès ses premières apparitions scéniques, Noureev abandonne la culotte, ne gardant que les collants, et modifie ses pourpoints. Au fur et à mesure des années, il les raccourcit et les cintre à la taille, en dégage l’encolure et en remonte les manches.

Côté scène, Noureev intensifie des rôles masculins qu’il danse lui-même, les enrichissant de difficultés techniques. Chorégraphe prolifique, il monte pas moins de quatorze productions, parfois jusque-là inconnues en Occident, qui sont dansées par les compagnies les plus prestigieuses, du Royal Ballet de Londres à l’Opéra de Paris, en passant par la Scala de Milan ou l’Australian Ballet. Ainsi, la seconde vitrine présente des costumes dessinés pour les chorégraphies de Noureev et portés par ses partenaires. Sont entre autres exposés des costumes de Sylvie Guillem, Noëlla Pontois ou Laurent Hilaire signés Hanae Mori ou Franca Squarciapino pour les ballets Cendrillon (1986), Le Lac des cygnes (1984) ou La Bayadère (1992) chorégraphiés par Noureev et présentés à l’Opéra de Paris. Des reproductions de maquettes de décor ainsi qu’un auditorium, où sont projetés un documentaire retraçant la carrière du danseur et de nombreux extraits de danse, permettent de remettre en contexte certains de ces costumes et de retrouver l’ambiance générale de chaque ballet.

Eléments biographiques

Après cette immersion dans la carrière de Rudolf Noureev, l’exposition se poursuit dans la salle suivante par un accrochage de photographies personnelles illustrant sa jeunesse à

Oufa et sa formation à l’école de danse Vaganova à Leningrad, ses premiers pas en tant que soliste du Ballet du Kirov (19581961) jusqu’à sa défection en 1961. En face, une frise chronologique met en regard des dates marquantes de la vie de Rudolf Noureev et des évènements historiques, politiques et culturels de la seconde moitié du xxe siècle. Une borne interactive présentant l’ensemble de la Collection en ligne ainsi que des informations complémentaires sera mise à disposition en consultation libre.

Parcours d’un collectionneur

La troisième et dernière salle plonge le visiteur dans la vie intime de Noureev. Gravures, peintures, mobilier, instruments de musiques, textiles et vêtements historiques ou orientaux sont ici exposés, traces matérielles de la vie, avant tout nomade, du danseur. Loin des projecteurs, à l’abri de ses nombreuses retraites – Paris, New York, Saint-Barthélemy… – Rudolf Noureev amasse par centaines d’incroyables collections d’effets personnels et d’œuvres d’art et les affiche avec un goût inné de la mise en scène. Aujourd’hui dévoilées au public, elles témoignent de l’esthétique personnelle extraordinaire de cet homme.

Appartement quai Voltaire

La mise en scène conçue par Ezio Frigerio permet de pénétrer dans l’univers de Noureev grâce à la reconstitution d’une partie du séjour de l’appartement au 23 quai Voltaire, à Paris, que le danseur achète en 1979. Composé de tableaux qui tapissaient les murs du salon parisien, de pièces de mobilier dont une banquette et un guéridon en bois de Carélie, et un canapé, de son porte-manteau et de nombreux objets divers, cet espace imaginé comme une « period room » a pour vocation de faire revivre dans leur contexte ces différents éléments provenant des appartements de Paris et de New York. Cette immersion au cœur de de la vie quotidienne du danseur est l’occasion pour le public de juger des liens entre les créations artistiques de l’homme et son esthétique de vie personnelle.

Gravures et estampes

La Collection comprend plus d’une centaine d’items dont douze gravures de décors de théâtre de Burnacini (1636-1707), vingt-cinq de Coypel (1694-1752) sur l’histoire de Don Quichotte et quatre gravures sur bois japonaises. Cette abondance témoigne du goût très prononcé que Noureev avait pour les gravures. Les murs de sa chambre à Paris étaient tapissés de gravures datant du xvie à la première moitié du xviiie siècle, représentant des monuments d’architecture, que ce soit des cathédrales ou le panorama de grandes villes européennes – Paris, Amsterdam, Londres, Rome, Vérone, Florence – et de son pays natal.

Textiles

On retrouve la trace de la passion du danseur pour les textiles orientaux avec une pièce en laine de sa colossale collection de kilims, ou encore avec de superbes kimonos japonais qu’il portait dans l’intimité, lors de soirées privées. Des pièces hautes en couleur de son vestiaire de ville font également parties de la Collection : une veste ajustée en cuir doré emblématique de la « peacock revolution » qui touche la mode masculine à Londres dans les années 1960, un châle multicolore griffé Kenzo, un habit queue-de-pie de chez Anderson and Sheppard…

Instruments de musique

Passionné de musique, Noureev envisage à la fin des années 1980, alors qu’il est déjà malade, une carrière de chef d’orchestre. Cette dernière est encouragée par trois des plus merveilleux chefs du xxe siècle : Karl Böhm, Herbert von Karajan et Leonard Bernstein. Il s’engage dans cette nouvelle voie avec le même acharnement qu’on lui connut pour la danse. Cette partie de sa vie est retracée grâce à la présence de sa baguette de chef, de son métronome, d’un harmonium Hofberg du xxe siècle et d’une épinette (un genre de petit clavecin) en noyer de facture anglaise datant du début du xviiie siècle.

Et aussi…

Cette dernière salle abrite également la maquette du tombeau de Noureev imaginé par son ami Ezio Frigerio. Composé de milliers de mosaïques, il représente un kilim, ultime hommage à l’Orient dont Noureev était originaire, placé au-dessus des malles de l’errance, évocation de sa vie de nomade et de son sentiment d’apatride. Cette vie faite de voyages est également matérialisée grâce à la présentation de ses passeports autrichiens, de son sac de voyage et de nombreux objets que Noureev dénichait lors de ces promenades à travers le monde.

Commissariat de l’exposition et direction artistique

Ezio Frigerio

Un des plus grands décorateurs dans le monde du théâtre, Ezio Frigerio travaille pour les institutions les plus prestigieuses et les metteurs en scène les plus réputés : Giorgio Strehler, Luca Ronconi, Roger Planchon, Jorge Lavelli, Claude Régy et Nicolas Joël pour l’opéra, Rudolf...

Un des plus grands décorateurs dans le monde du théâtre, Ezio Frigerio travaille pour les institutions les plus prestigieuses et les metteurs en scène les plus réputés : Giorgio Strehler, Luca Ronconi, Roger Planchon, Jorge Lavelli, Claude Régy et Nicolas Joël pour l’opéra, Rudolf Noureev, Roland Petit et Iouri Grigorovitch pour le ballet. Il signe quelques trois cents scénographies, et certains de ses décors pour la Comédie-Française, l’Opéra national de Paris, le Piccolo Teatro et la Scala de Milan sont entrés dans l’histoire. Ses premiers décors, Ezio Frigerio les dessine à la demande de Rudolf Noureev, pour sa production de 1980 à la Scala de Roméo et Juliette. Le chorégraphe lui commande par la suite des décors pour Le Lac des cygnes, La Bayadère et La Belle au bois dormant. Au cours de ces collaborations, les deux artistes se nouent d’une amitié profonde. Lorsque Rudolf Noureev s’éteint, Ezio Frigerio dessine le tombeau de son ami. Vingt ans après la disparition du danseur, Ezio Frigerio a répondu présent pour concevoir la scénographie de l’espace dédié à la mémoire de Rudolf Noureev.

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Giuliano Spinelli

Né à Bologne en 1970, Giuliano Spinelli suit des études artistiques à l’Académie de La Brera à Milan, où ses travaux sont régulièrement sélectionnés pour des expositions et primés, comme le Mozart Laboratorium au Théâtre lyrique de Milan. Après l’obtention de son diplôme, il...

Né à Bologne en 1970, Giuliano Spinelli suit des études artistiques à l’Académie de La Brera à Milan, où ses travaux sont régulièrement sélectionnés pour des expositions et primés, comme le Mozart Laboratorium au Théâtre lyrique de Milan. Après l’obtention de son diplôme, il participe à des expositions et des tournages pour la télévision, puis se consacre à la scénographie. Il devient assistant à la mise en scène pour de nombreuses productions d’opéra à l’Opéra de Rome, au Théâtre Massimo à Palerme et au nouveau théâtre de La Mirandola à Modène, et signera quinze scénographies. Depuis 1998, il collabore avec Ezio Frigerio sur des scénographies pour les plus grands théâtres du monde et aujourd’hui, sur la mise en espace de la Collection Noureev.

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La vie de Rudolf Noureev en quelques dates...

Danseur et chorégraphe d’origine russe à la renommée internationale, Rudolf Noureev est considéré comme le plus grand danseur de ballet masculin de la seconde moitié du xxe siècle. Sa fulgurante carrière, sa personnalité et son charisme ont profondément marqué le monde international de la danse.

Le CNCS retrace à travers la Collection Rudolf Noureev, la vie de ce prodigieux danseur étoile qui a accédé au rang de mythe dès l’âge de 23 ans, pour ne plus jamais quitter les feux de la rampe.

  • 1938

    Naissance de Rudolf Noureev le 17 mars 1938, à bord du Transsibérien, dans la région du lac Baïkal. Il passe son enfance et sa jeunesse à Oufa, au sud-ouest de la Russie actuelle.

  • 1955

    Rudolf Noureev passe l’examen d’entrée à la prestigieuse École de danse de Leningrad, le 24 août 1955. Il y trouvera son professeur d’élection, Alexandre Pouchkine.

  • 1958

    Noureev entre directement comme soliste dans la compagnie de Ballet du Théâtre du Kirov de Leningrad, première compagnie de danse de l’URSS.

  • 1961

    Tournée du Ballet du Kirov à Paris. Le succès de Rudolf Noureev est foudroyant dès sa première apparition sur la scène du Palais Garnier, le 19 mai, dans l’acte des Ombres de La Bayadère. Le 16 juin 1961, Rudolf Noureev demande le droit d’asile à l’aéroport du Bourget, alors qu’il doit embarquer à bord d’un avion pour l’URSS. Il est engagé dans les Ballets du Marquis de Cuevas. Rencontre décisive avec Erik Bruhn, danseur Étoile du Ballet Royal du Danemark.

  • 1962

    Départ pour Copenhague où il étudie le style Bournonville auprès d’Erik Bruhn. Première représentation de Giselle avec Margot Fonteyn et le Royal Ballet à Covent Garden, le 21 février 1962. Rudolf Noureev devient artiste invité de cette compagnie et le reste jusqu’en 1977.

  • 1963

    12 mars. Création de Marguerite et Armand, chorégraphie de Frederick Ashton pour Margot Fonteyn et Rudolf Noureev ; ce sera leur ballet fétiche. Le 27 novembre, Rudolf Noureev remonte pour la première fois une chorégraphie de Marius Petipa, l’acte des Ombres de La Bayadère, pour le Royal Ballet. Sa carrière est rapidement internationale. Il danse en Étoile invitée avec toutes les grandes compagnies de ballet en Europe, aux États-Unis et en Australie.

  • 1977

    Sortie du film Valentino. Noureev est invité au Muppet Show.

  • 1979

    Noureev achète son appartement parisien au 23 quai Voltaire et son premier appartement new-yorkais dans le Dakota Building.

  • 1983

    Entrée en fonction de Rudolf Noureev comme directeur de la danse de l’Opéra de Paris, poste qu’il occupera de septembre 1983 jusqu’en 1989.

  • 1987

    Ayant enfin obtenu des autorités soviétiques l’autorisation de retourner en URSS, Rudolf Noureev peut revoir sa mère et les membres de sa famille.

  • 1989

    Noureev danse La Sylphide au Théâtre du Kirov, à Leningrad.

  • 1991

    Noureev fait ses débuts de chef d’orchestre.

  • 1992

    Première représentation au Palais Garnier de La Bayadère le 8 octobre, remontée par Noureev d’après Marius Petipa.

  • 1993

    Rudolf Noureev décède du Sida à l’hôpital du Perpétuel Secours à Levallois-Perret.